Chirurgie laparoscopique par abord abdominal unique - LESS
La chirurgie laparoscopique par abord unique fait partie de la suite logique dans le développement de la chirurgie laparoscopie classique utilisée tous les jours dans nos hôpitaux. L'évolution et le raffinement des instruments pour ce type de chirurgie, toujours en cours, conduira à une généralisation de cette technique pour des interventions précises. Le Service de Chirurgie et Transplantation des Hôpitaux universitaires de Genève est à la pointe de ce développement.
Une chirurgie sans trace :
réalité grâce à la chirurgie par
abord ombilical unique (LESS) ?
La chirurgie laparoscopique par abord abdominal unique (Laparo-Endoscopic Single Site Surgery, LESS) semble promise à un plein essor en cette fin de décennie.1,2 Les premières expériences cliniques ont démontré sa faisabilité dans diverses procédures viscérales (appendicectomie, cholécystectomie, colectomie, etc.) et urologiques (néphrectomie, etc.). La chi rurgie LESS par voie trans-ombilicale représente un espoir d'une chirurgie sans trace, évitant toute cicatrice visible, et donc moins traumatisante de l'image corporelle du patient. Cet espoir d'une chirurgie sans trace sera probablement le principal moteur du développement de cette approche, en parallèle avec le désir des chirurgiens d'effectuer des actes moins traumatisants et le progrès technique permettant leur réalisation de manière plus aisée et sûre.3-5
Rev Med Suisse. 2009 Jun 24;5(209):1412-5.
LESS : définition
La chirurgie LESS est réalisée au travers d'une incision abdominale unique, généralement au travers de l'ombilic. L'ombilic étant une cicatrice embryonnaire, résidu du cordon ombilical, une incision ombilicale est souvent invisible après cicatrisation.6 La chirurgie LESS est réalisée de manière intracorporelle sous pneumopéritoine avec utilisation d'un laparoscope.7 L'unique incision cutanée et pariétale en plus d'offrir un meilleur résultat cosmétique, permettrait de diminuer les risques de complications associés aux multiples ports de la laparoscopie conventionnelle (hémorragie pariétale, infection de plaie, éventration, etc.) et de minimiser les douleurs postopératoires favorisant ainsi la récupération après chirurgie.3,8,9
LESS : historique
LESS et patients
Récemment, une étude de population que nous avons réalisée à Genève, a montré que les patients sont demandeurs d'une chirurgie sans cicatrice visible dans la grande majorité (< 90%) pour un risque chirurgical similaire,18 mais que 40% restent demandeurs d'une approche par abord ombilical unique mê me si les risques chirurgicaux devaient être doublés !4 Concernant le type d'abord chirurgical pour une chirurgie sans cicatrice visible, le choix des patients genevois, dans cette étude, se portait premièrement sur un abord ombilical (LESS) en défaveur des abords par orifice naturel (NOTES).4 Cette large acceptation, ou ce plébiscite, de la chirurgie «sans trace» implique une grande sagesse du monde chi rurgical, qui ne devrait pas révolutionner la chirurgie minima lement invasive sans en évaluer les risques préalablement.
LESS en chirurgie abdominale
laparoscopie durant le siècle passé, alors que la sagesse médicale voudrait en limiter l'éclosion incontrôlée afin d'en évaluer la balance bénéfices-risques pour les patients. Ainsi, de nombreuses interventions par chirurgie LESS ont été décrites de manière scientifique, malheureusement souvent noyée dans une masse de publications on-line à but publicitaire (notamment aux Etats-Unis). Plusieurs centres universitaires américains et européens (dont les HUG) ont débuté des programmes de recherches cliniques dans le but d'évaluer cette nouvelle approche et ainsi rapporter leurs expériences (tableau 1). Alors que les techniques d'appendicectomies,4 de cholécystectomies,8 de sleeve gastrectomy,20 de nécrosectomies pancréatiques,2122 semblent actuellement bien définies, les interventions plus complexes, telles que les colectomies, nécessitent encore des recherches principalement concernant l'instrumentation pour être validées.7,23 et de cure de hernies ventrales
LESS dans différentes spécialités chirurgicales
La chirurgie LESS connaît un large essor en chirurgie urologique, notamment aux Etats-Unis ces deux dernières années, ceci étant probablement lié à l'entraînement des chirurgiens urologues pour la chirurgie endoscopique par exemple lors de prostatectomie endoscopique.24 On doit certainement relever que le renouveau de la chirurgie LESS doit être attribué à ces groupes qui les premiers ont relancé les recherches dans ce domaine.25 Ainsi de nombreuses techniques chirurgicales LESS ont été décrites allant même jusqu'au prélèvement de rein de donneur vivant pour trans plantation avec des résultats impressionnants en qualité.2,26
expérience genevoise (hug) en chirurgie viscérale less
Un programme de chirurgie LESS a été débuté en 2007 dans le service de chirurgie viscérale des HUG dans le cadre de la recherche clinique et préclinique pour les nou velles technologies chirurgicales. Plus d'une centaine de patients (127 cas) ont à ce jour bénéficié d'une chirurgie LESS aux HUG (tableau 1) pour diverses indications allant de l'appendicectomie à la cholécystectomie et aux chirurgies plus complexes telles que des colectomies. La morbidité globale a été de 1,5% sans mortalité. Aucune complication chirurgicale liée à la technique n'a été relevée. Actuel lement plusieurs protocoles d'études ayant pour but de valider les résultats de cette approche comparativement à la chirurgie laparoscopique conventionnelle sont en cours.
limites actuelle de l'approche less
Alors que d'importants progrès techniques ont déjà été réalisés pour la chirurgie LESS, des améliorations sont encore à venir notamment pour améliorer l'ergonomie du chi rurgien afin de faciliter cette approche et d'améliorer sa sécurité. Deuxièmement, comme souvent, les nouvelles tech nologies peuvent engendrer une augmentation des coûts, ce qui est le cas actuellement en raison de l'utilisation de matériels nouveaux et de temps opératoire souvent plus long. De plus, en dehors de l'avantage cosmétique évi dent, les autres avantages potentiels de la chirurgie LESS n'ont pas encore été démontrés. Leur évaluation demanderait la réalisation d'études prospectives randomisées. En résumé, le développement de la chirurgie LESS pourra signifier un gain pour le patient et la communauté, mais à la condition de mettre en balance les avantages cosmétiques, les résultats cliniques, la sécurité et les coûts.
futur de la chirurgie minimalement invasive et de l'approche less
Les nouvelles technologies chirurgicales réunissent les approches robotiques, LESS, NOTES et les progrès réalisés en imageries médicales qui, ensemble, influenceront la chi rurgie de demain. Alors que la chirurgie par orifice naturel (NOTES) est encore du domaine de la recherche préclinique, la chi rurgie laparoscopique par abord ombilical unique (LESS) a déjà fait ses premières avancées cliniques et démontré sa faisabilité. Maintenant que les patients vont probablement rapidement demander cette approche, la sécurité de la chirurgie LESS doit être démontrée dans un cadre scientifique. Il semble certain que la chirurgie LESS marquera la chirurgie minimalement invasive de demain, mais il reste à découvrir si elle sera un chemin vers la chi rurgie par orifice naturel (NOTES), avec laquelle elle partage beaucoup de caractéristiques techniques, ou si elle représentera l'approche de routine en chirurgie minimalement invasive. Par ailleurs, les développements de la robo tique qui, une fois miniaturisée, permettra l'introduction de mini-robots dans la cavité abdominale viendront se joindre à ces techniques pour en améliorer la faisabilité, et pro bablement la sécurité.
Après avoir été un mythe, la chirurgie sans cicatrice sem ble devenir une réalité par le développement de la chirurgie laparoscopique par abord ombilical unique (LESS). Ce domaine passionnant, demandant une expertise avancée en chirurgie laparoscopique, représente une oppor tunité de recherche et de développements techniques. Ceux-ci imprimeront leur marque sur la chirurgie du futur pour le service des patients, en leur proposant une approche non invasive encore plus respectueuse de leur image corporelle.
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